ROUTES ET DÉROUTES

Marcher sur des routes et s’en laisser dérouter correspond exactement à l’esprit de ces pages. Elle sautent d’un endroit à l’autre de la planète, sans ordre apparent mais avec méthode et poésie. Contradictoire? Laissez donc votre esprit vagabonder dans ces lignes et ces images qui nous ont charmés, envahis, submergés à un moment de notre itinérance proche ou lointaine. Ce n’est pas Nicolas Bouvier qui nous contredira.

REINES

Comment ne pas se laisser tenter par ces bêtes qui ont fait notre réputation et notre fierté? Les vaches d’Hérens ont du coeur au ventre. Quand elles vont au combat, rien ne peut les distraire. Même pas la voix de leur propriétaire leur promettant monts et merveilles si elles ne vont pas d’emblée se frotter à la reine risquant ainsi de mordre la poussière lors du premier round. Bien sûr, il y en a de plus timides que d’autres, celles qui quittent l’arène en forçant le parc pour goûter l’herbe verte de l’adret, se moquant éperdument de la disqualification. Mais en général elles ne refusent pas de monter sur le ring et c’est là que les joutes nous emballent.

 

CHINE, POUR NE PAS LES OUBLIER

La Chine rurale et éternelle se frotte de plus en plus à la Chine du 21e siècle faite de gratte-ciel et de progrès que personne ne peut stopper. Les traditions ancestrales, souvent ancrées au coeur des minorités ethniques vacillent de plus en plus sous la poussée consumériste. Ainsi, un peu partout, on n’hésite pas à sacrifier de bonnes terres cultivables sur l’autel de la rentabilité à tout crin. Nous voulons par cette page rendre hommage à celles et à ceux qui résistent au rouleau compresseur chinois, en gardant leurs traditions et leur culture. Ils arpentent dès le lever du soleil les rizières et les champs que les ancêtres leur ont légués, sentant bien qu’au fond la vraie façon de vivre est celle qui est en harmonie avec leur environnement.

 

 

BIRMANIE, LES BALLONS CÉLESTES DE TAUNGGYI

La Birmanie n’est pas un pays comme les autres. Longtemps fermée au tourisme, elle a connu un passé douloureux car elle était en proie aux querelles incessantes de ces différentes ethnies. Mais petit à petit, notamment avec l’accession au pouvoir de Aung San Suu Kyi en 2015, l’année où nous y étions, elle panse ses blessures et offre son plus beau sourire aux voyageurs et aux touristes. La fête des ballons de Taunggyi ne date pas d’hier mais elle n’était connue que des résidants car la junte militaire qui enserrait les Birmans dans un carcan de fer, voulait éviter tout débordement. Le caractère religieux de la fête lui a permis de survivre et c’est un vrai régal que de voir un tel enthousiasme pour des cocottes de papier.

 

 

TADJIKISTAN, LE PAYS DES EXTRÊMES

La plus pauvre des ex-républiques soviétiques vient de tourner la page sur son passé. Après une guerre fratricide et de nombreux règlements de compte, le pays s’ouvre doucement aux voyageurs et aux touristes. Il possède une frontière commune de 1’200 km avec l’Afghanistan, séparé par la rivière Panj dans le Haut Badakshan. Il y a peu de points de passage entre les deux pays, quelques ponts surveillés par l’armée tadjik et par leurs alliés américains qui soupçonnent les frères ennemis de se livrer à un intense trafic de drogue. Mais le Tadjikistan n’est pas que cela. C’est un pays de contrastes extrêmes car il peut faire en été plus de 40 degrés à Duschanbé et 20 de moins à Bulunkul, situé dans la steppe proche de la Pamir Highway. Les reliefs sont découpés à la hache et les paysans tirent leur subsistance sur des cônes alluvionnaires très instables jusqu’à 2500 mètres. Plus haut ce sont les troupeaux de moutons qui estivent en compagnie des loups et des macro-polo. Un pays fascinant que l’on n’oublie pas facilement.

 

 

KIRGIZSTAN, LE PAYS DES NOMADES

Le Kirghizstan ou Kirghizistan, peuplé de semi-nomades ayant retrouvé après l’indépendance en 1991 un mode de vie ancestral, trace son chemin entre les géants chinois et kazakhes, sous l’influence toujours forte de la Russie. Le Kirghizistan a ouvert ses frontières au tourisme.  Le trait principal du pays est bien celui-ci : les montagnes du Pamir et des Tian Shan recouvrent plus des trois quarts du territoire dont la moitié de la superficie se trouve à plus de 3 000 mètres, avec sur les lignes frontières des sommets de 7 000 mètres aussi prestigieux que le Khan Tengri, le pic Lénine ou le pic Podeby (ou Podeba). Au creux des montagnes, un océan disparu a laissé de nombreux lacs dont l’Issyk Kul, le second plus grand lac de montagne du monde après le Titicaca. On trouve bien des lacs de superficie plus modeste, que l’on peut rejoindre à cheval pour vivre au rythme des nomades. La seconde dimension du voyage au Kirghizistan est effectivement celle de la plus belle conquête de l’homme : le cheval, indissociable de la vie nomade. Petit, solide et bourru, il rythme les grands événements de la vie à chaque festivité.

 

 

XINJIANG, A L’OUEST DE L’EMPIRE

Le Xinjiang chinois est une province autonome qui donne des sueurs froide au gouvernement. Les indépendantistes ouïgours ont fait parler d’eux à de multiples reprises par des attaques terroristes surprise , plaçant des bombes dans un marché fréquenté par des Chinois ou poignardant sauvagement des Chinois dans une gare ferroviaire. Dans la capitale Urumqi et à Kachgar, ville mythique de la route de la soie, l’armée et la police veillent désormais. C’est une région en état de siège. Mais le reste du pays est calme et beau et les traditions ont miraculeusement survécu à la poussée des Hans.

 

 

 

INDE, LE NORD-EST MÉCONNU

Meghalaya, Arunachal Pradesh, Nagaland et Assam ne sont pas les plus connues des provinces indiennes. Adossées à la Chine et à la Birmanie, elles en ont pris les us et coutumes, ce qui les distinguent fortement des contrées plus « touristiques » que nos yeux d’Occidentaux ont l’habitude de voir dans les magazines et les tablettes.  Ces provinces ont un côté « sauvage » qui frappe le voyageur. En effet il est peu usuel de rencontrer d’anciens coupeurs de tête qui racontent sans broncher leur activité passée. De même il est troublant de remarquer que certaines ethnies vivent encore comme il y a cinq siècles, avec une consommation quotidienne d’opium comme lien social, l’électricité étant leur dernière conquête….