VALAIS, COMMENT DEVENIR REINE ?

Exception chez les ruminants, les vaches de la race d’Hérens se battent pour devenir reine. Reine du troupeau, reine du tournoi ou reine d’alpage, selon la bonne vielle tradition séculaire qui existe dans les Alpes valaisannes . Fin juin l’inalpe débute et les combats commencent. 

L’alpage dans l’herbe grasse en face des Dents de Veisivi

Valais, mon beau Valais, my beautiful Wallis. Les montagnes, la neige, le soleil, les vignes, et les reines, ces vaches de la race d’Hérens qui ont bien failli disparaître dans les années 80, sacrifiées sur l’autel du progrès et de la modernisation. Trop de travail pour un rendement laitier bien inférieur au vaches du Simmental ou hollandaises. Les combats n’intéressaient plus personne et élever des reines était presque tombé dans l’oubli. Mais, ces reines avaient des amis et petit à petit la race d’Hérens a refait surface , elle a rebondi sur la vague du terroir, du goût, de l’authentique, du vrai.

On essaye des retenir les bêtes par tous les moyens

“L’arrivée dans un tel lieu ne laisse personne indifférent. Oubliés les embouteillages, les villes, le stress. On est si près du ciel , dans cet immense carré d’herbes et de fleurs, qu’on peut presque le toucher”Et puis vient le jour de la montée à l’alpage. Dès la mi-juin, toutes les bêtes s’en vont trouver la fraîcheur et l’herbe verte sur les sommets que la neige a quittés quelques semaines plus tôt. Certains propriétaires possèdent un mayen non loin de l’alpage, mayen dans lequel le bétail a passé les beaux jours du printemps. Ils viennent donc à l’alpage à pied, comme cela se faisait pour tout le monde auparavant. Mais à l’heure actuelle, c’est plutôt un défilé de jeeps avec bétaillères qui se mettent en route avant l’aurore pour ne pas rater le grand jour.

 

L'attente est longue

L’attente est longue pour le propriétaire et pour les vaches qui sentent leurs rivales toutes proches. Elle sont pressées d’en découdre, c’est dans leurs gènes. Elles vont, au cours des combats, établir une hiérarchie qui vise à obtenir les meilleurs herbages, les premières places aux abreuvoirs ou à l’étable, quand il y en a. Alors, les futures reines émettent des meuglements graves, venus du fond de leurs entrailles, pour montrer qu’elles sont là. Certaines roulent des yeux, labourent la terre de leurs sabots et se couchent pour encorner le sol .

 

 

Meugler ou manger le choix est difficile

 

 

Avant de mélanger les bêtes, on se renseigne sur les capacités de celles du voisin, sur l’évolution de son troupeau ou sur la montée en puissance de tel ou de tel animal. Cela peut-être précieux au moment où il faudra décider de séparer des adversaires indécis ou de voler au secours d’une bête en difficulté. Car les règles sont strictes et n’amène pas ici son bétail qui veut. Il y a des droits d’herbages que l’on transmet de père en fils ou pour le moins de famille à famille. Et si la place fait défaut, il faudra trouver une autre endroit pour alper. Il n’est pas rare qu’un même propriétaire doive alper dans plusieurs lieux différents. “Le nouvel engouement pour les combats de reines amène jusqu’aux sommets des alpages des touristes impressionnés mais précieux.”

Dernière friandise avant les combats

Il est bientôt l’heure de lâcher la bride, de mélanger les bêtes. Chacun retient son souffle, espère que sa favorite va terrasser les autres. Car le propriétaire vit au rythme de sa championne. Il donne autant de coups qu’il en encaisse, subit les assauts ou encorne ses rivaux en même temps que la protégée qu’il a nourrie, choyée et entraînée parfois dans de longues courses à la longe le long des chemins tortueux.

L'heure du mélange a sonné

Les propriétaires retirent les fils qui entouraient leur troupeau et quittent l’arène. Les combats vont commencer. Chacun espère que sa championne l’emporte et qu’elle soit, ne serait-ce que pour un jour proclamée “reine”.Comme sur un ring, les adversaires se jaugent et se cherchent. Trapues, musclées, dotées d’une belle paire de cornes, elles sont faites pour le combat. Dans ces arènes naturelles, les dieux se sont donné rendez-vous.

La lutte s'engage

Qui sera la meilleure ?

Puis c’est la mêlée. Chaque alpage connaît des moments d’une intensité incroyable. Qui va gagner? Quelle vache sera assez puissante ou assez rusée pour l’emporter? Sera-t-elle reine d’un soir ou d’une saison? Une demi-tonne lancée à toute allure dans ces pentes, rien n’arrête ces bolides qui font fi des barrières ridicules. C’est certain, l’aventureux photographe prend des risques. Autour de l’arène, les esprits s’échauffent, les langues se délient et les commentaires vont bon train. Et comme parler donne soif, il faut bien l’étancher avec un pur produit du pays qui a fait ses preuves depuis longtemps.

Un bain avant de recevoir la couronne

Des couronnes, des banquettes de fleurs, une nouvelle cloche, le choix est vaste pour la championne

 

Les empoignades vont durer jusqu’en milieu de journée où chaleur et lassitude vont avoir raison des participantes et des participants. Mais la reine se profile au sein de toute cette mêlée sauvage. Le soir venu, une championne portera beau et sera fière de l’avoir emporté sur toutes les autres. Ce n’est pas son propriétaire qui me contredira. Peut-être pourra-t-elle garder son titre durant la semaine ou le mois qui vient? Qui sait? Une hiérarchie nouvelle va se mettre en place et chaque vache va la respecter. Au sein du troupeau les places sont désormais fixes; la reine, souvent entourée de sa cour ou de ses dauphines aura les meilleurs herbages jusqu’à ce que sa couronne vacille sous les assauts d’une jeune aventurière...

La première journée se termine, les gens rentrent chez eux sous les yeux un peu tristes de certaines participantes

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Parfaitement adaptées à la montagne et au climat parfois rude du Valais, les vaches de la race d'Hérens sont solides et attachantes comme les habitants de ce beau canton...